Yana Golikova : Retrouvons l’importance d’ouvrir les yeux sur la beauté de la nature

Yana Golikova : Retrouvons l’importance d’ouvrir les yeux sur la beauté de la nature
Yana Golikova : "Clouds on a Sunny Day" Pastel

ART – L’oeuvre picturale de l’artiste russo-américaine Yana Golikova peut se résumer en quelques lignes. En effet, le beau, l’authentique, et le réel parlent d’eux-mêmes. Dans ses paysages et natures mortes, l’artiste sublime le quotidien avec la touche d’un maître du temps passé. Aujourd’hui Yana est une des perles rares qui contribue à garder la peinture figurative plus vivante et plus révélatrice que jamais. Dans l’oeuvre de Yana, nous retrouvons l’importance d’ouvrir les yeux sur la beauté de la nature, de ressentir l’amour, le sublime, et de voir chaque jour les choses sous un nouveau regard. L’artiste nous raconte les difficultés rencontrées dans la réalisation de son rêve d’être artiste. Elle nous parle de son expérience dans le studio de la League d’artistes de New York, et de ses inspirations.

  • Yana Golikova - Landscape

La Mazerine : Comment votre travail s’est-il développé depuis que vous vivez à New York?

Yana Golikova: Quand je vivais en Russie, être artiste n’était pas une option pour moi. En fait, la plupart des familles ordinaires comme la mienne encourage leurs enfants à étudier pour devenir médecins, enseignants, avocats ou chefs d’entreprise. L’art n’était pas considéré comme un métier sérieux. Par conséquent, j’ai toujours pensé que devenir une artiste était un rêve inaccessible. Quand j’ai déménagé à New York et que j’ai commencé à chercher un nouveau travail, je me suis quand même donné la chance d’essayer de devenir artiste. Je savais que si je n’essayais pas, je vivrais toujours avec ce regret toute ma vie.

LM : Etait-ce difficile pour vous de prendre cette décision?

Y.G : Oui, c’était extrêmement difficile parce que je me sentais en insécurité. Je pensais qu’il était trop tard pour moi de me consacrer à l’art. J’ai étudié dans une école d’économie et d’administration des affaires, ce qui est loin d’être voué à une carrière artistique. Chaque fois que j’allais me lancer, je me retenais et me disais «non, non ce n’est pas raisonnable». Mais l’envie que je ressentais à l’intérieur de dessiner ne me quittait pas. C’était comme si ma vocation artistique ne voulait pas se taire.

Jusqu’au jour où je suis finalement allée dans un magasin d’art. J’ai acheté des crayons et j’ai commencé à dessiner, de plus en plus, jusqu’à ce qu’on commence à me faire des commandes. Alors un ami m’a suggéré de renforcer mon travail d’autodidacte par une formation dans une école d’art.

LM : Où êtes-vous donc allée pour suivre votre formation artistique?

Y.G : Mon ami m’a parlé de The Art Students League of New York. Comme vous le savez peut-être, cette école est très spéciale car elle ne ressemble à aucune autre école d’art à New York. Vous y trouvez des gens de tous les âges et la formation artistique se fait dans la tradition de l’atelier. À la Ligue, il s’agit de vous et de la peinture. Il ne s’agit pas d’obtenir des notes et de passer des examens. Vous allez à votre rythme.

LM : Quel âge aviez-vous quand vous avez finalement pris la décision de devenir artiste?

Y.G : C’était au printemps 2013 et j’avais 27 ans à l’époque. Le premier jour de mon arrivée dans l’atelier de Gregg Kreutz, j’ai réalisé que j’étais l’une des plus jeunes élèves de la classe. Je peignais à côté d’artistes de 75 ans et cela m’a aidé à voir qu’il n’était jamais trop tard pour faire ce que l’on aime. C’est l’une des choses magiques de la Ligue. Vous êtes entourés de tant d’artistes différents, de tous âges, de tous niveaux et de toutes origines, qu’ils m’ont vraiment aidé à grandir, non seulement en tant que personne, mais aussi en tant qu’artiste.

LM : Pouvez-vous me parler un peu de votre évolution en studio ?

Y.G : Oui, je suis rapidement passée de débutante à assistante de notre professeur. Après trois mois en studio, j’étais déjà sélectionnée pour participer à l’exposition collective. Deux autres expositions où j’ai vendu mon travail ont suivi. L’année d’après, j’ai obtenu une bourse de peinture. À la fin de la même année, mon professeur m’a proposé de monitorer un atelier. Pour moi, c’était un privilège parce que mon professeur croyait en mes compétences et mes pairs ont commencé à me demander des conseils. J’ai fait ça pendant deux ans avant de quitter la ligue.

L.M. : Vous ne peignez plus à la Ligue?

Y.G. : Non. Ce fut une décision vraiment difficile à prendre. Je suis allée chercher ce dont j’avais besoin et je ne voulais pas y rester coincée. Mon professeur Gregg Kreutz a été formidable pour moi. Il m’a appris tout ce que j’avais besoin de savoir pour continuer à peindre de manière autonome. Il est aussi difficile d’être artiste à temps plein et d’aller à l’école.

Je devais me concentrer sur mon travail personnel et travailler dans mon studio. La Ligue a été le lieu de ma formation académique. Je garderai cela dans mon cœur comme l’une des plus belles expériences de ma vie parce que c’est là que j’ai appris à être l’artiste que je suis aujourd’hui. Chaque jour, j’apprenais quelque chose de nouveau. Les étapes étaient immenses. Aller là-bas a rendu mon cheminement vers une carrière artistique beaucoup plus rapide. J’en suis très reconnaissante.

L.M. : Quelle est votre plus grande inspiration aujourd’hui et comment définiriez-vous votre travail?

Y.G. : Il y a tellement de grands artistes, je ne peux pas tous les nommer. Je suis principalement les artistes de la représentation contemporaine et je pense qu’il est important de voir et d’apprendre non seulement des maîtres classiques mais aussi des artistes vivants. Je m’inspire de David Leffel et bien sûr de mes anciens professeurs. Il y a aussi beaucoup d’artistes de la jeune génération dont j’aime les oeuvres.

Aujourd’hui, mon travail consiste à aider les gens, à remarquer la beauté dans les choses de tous les jours et à les apprécier. Je me concentre principalement sur la nature morte. J’adore haleter différents objets que la plupart d’entre nous voit tous les jours mais auxquels on ne fait plus vraiment attention. Quand je peins des fleurs, je veux préserver leur beauté dans le temps et les partager avec les autres car cela apporte de la joie. Je peins aussi des animaux et des portraits sur commande.

C’est important pour moi de pouvoir tout peindre, des paysages aux animaux en passant par les natures mortes et les gens. Ça m’aide à voir les choses avec des yeux neufs tout le temps.

L.M. : Comment voulez-vous que les gens se souviennent de vous?

Y.G. : Plus que de se souvenir de moi, je veux que les gens se souviennent de mon travail. Je veux pouvoir aider les gens à ouvrir leurs yeux sur la beauté du monde et à ressentir l’amour. C’est la chose la plus importante pour moi. Je veux pouvoir contribuer à voir les choses sous un nouveau jour à chaque fois, pour que les gens s’arrêtent devant mon travail et disent “wow c’est beau”.

L.M. : Quels sont vos prochains projets?

Y.G. : Pour l’instant je me focalise sur de nouvelles productions que je vais présenter lors d’un prochain voyage en Belgique. Un de mes plus grands collectionneurs m’a invitée et m’a proposé de mener des ateliers et des démonstrations au printemps 2020 dans différents jardins du Brabant wallon et en particulier à La Hulpe. Ce sont donc les paysages brabançons qui sont ma toute dernière grande inspiration. J’ai hâte de les découvrir!

L.M. : Merci Yana d’avoir partagé votre expérience avec nous. Au plaisir de vous rencontrer en Belgique au Printemps 2020.

Entretien par : Léo Juvier-Hendrickx

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