BRAFA 2020 : Entretien avec Harold t’Kint de Roodenbeke Président de la BRAFA

BRAFA 2020 : Entretien avec Harold t’Kint de Roodenbeke Président de la BRAFA

La Brafa 2020 rassemble 133 galeries et marchands d’art, soit un nombre identique à celui de l’an dernier. Avec toutefois quelques nouveaux noms ?

 Harold t’Kint de Roodenbeke
Harold t’Kint de Roodenbeke, Président de la Brafa


Le niveau d’une foire d’art se mesure avant tout à la qualité de ses exposants. A cet égard, je pense que la Brafa 2020 ne devrait pas décevoir ses visiteurs, même les plus exigeants ! Notre sélection de galeries s’avère très pointue et qualitative dans tous les segments représentés. Par comparaison avec l’édition précédente, nous accueillerons huit nouvelles galeries participant pour la première fois et onze galeries effectuant leur retour, ce qui démontre la grande fidélité de nos exposants.

Il est à souligner également que la moitié de ces nouveaux participants 2020 émanent plutôt de l’art ancien, ce qui signifie clairement notre attachement à ces spécialités malgré notre ouverture récente à l’art contemporain. Et enfin, grâce à notre procédure d’admission des objets, l’une des plus stricte du secteur, faisant notamment appel au savoir d’une centaine d’experts indépendants, à une vérification par l’Art Loss Register et aux services d’un laboratoire scientifique, je pense que nous mettons vraiment tout en œuvre pour proposer des œuvres d’art de la plus haute qualité.

Internationalisation de la Brafa

Jamais sans doute la Brafa n’avait été aussi internationale. S’agit-il d’un mouvement qui devrait s’accentuer encore dans les années futures ?

La proportion actuelle s’établit à 50 marchands nationaux (37 %) pour 83 d’origines étrangères (63 %). Parmi ces derniers, on peut aussi distinguer des tendances puisque si la France forme encore le contingent le plus important (43 exposants), elle est progressivement rejointe par des pays comme la Grande-Bretagne (13) ou la Suisse (8). En 2020, deux pays verront leur représentation renforcée : l’Italie, passant de 6 à 10 exposants, et les Pays-Bas passant de 2 à 6. Cette réalité reflète l’impact et l’attractivité croissante de la Brafa, dans un contexte global où les échanges internationaux s’accentuent chaque année davantage. Je pense que ce mélange d’origines diverses contribue aussi largement à enrichir l’offre artistique de la Brafa, tout en la rendant plus éclectique encore. La Brafa sera toujours le porte-drapeau des galeries belges, mais il est important qu’elle bénéficie d’une forte représentation internationale en son sein.

Harold t’Kint de Roodenbeke

Il y a aussi une petite nouveauté cette année puisque la foire a été raccourcie d’un jour.

En effet, c’est le résultat d’une réflexion depuis 2-3 ans déjà et que nous appliquons dès cette année. L’ouverture au public aura lieu désormais d’un dimanche à l’autre, soit un jour de moins par rapport aux éditions précédentes. Certains plaidaient pour une diminution du nombre de jours d’ouverture, une tendance assez répandue actuellement parmi les foires d’art, tandis que d’autres plaidaient pour un statu quo. J’espère que ce compromis satisfera les uns et les autres tout en nous donnant aussi plus de confort et de souplesse lors des journées de montage qui sont très éprouvantes.

Le Mur de Berlin à la Brafa

2020 s’annonce comme une année particulière pour la Brafa puisqu’elle marque sa 65ème édition. De quelle manière avez-vous décidé de célébrer cet anniversaire ?

Dans un passé récent, la Brafa a habitué ses visiteurs à découvrir un invité d’honneur différent lors de chacune de ses éditions. Nous avons accueillis tour à tour des musées, des fondations et des artistes internationaux, qui ont tous apporté à l’événement une tonalité particulière. Pour la 65ème édition, nous souhaitions une initiative totalement différente et inédite, et nous l’avons trouvée avec la vente caritative de cinq segments originaux du Mur de Berlin.

Harold t’Kint de Roodenbeke

Comment est née cette idée ?

Lors d’un voyage en Nouvelle Ecosse au Canada pendant l’été 2018, je suis tombé par hasard sur un segment du Mur de Berlin dans un petit village de pêcheurs. Cette découverte était tellement improbable que cela m’a très fort interpellé, notamment pour le symbole que le Mur de Berlin représente et le message qu’il porte, même dans des endroits parmi les plus reculés du monde. Revenu en Belgique, j’ai immédiatement entamé des recherches sur le sujet, et je me suis aussi rendu à Berlin où j’ai eu l’opportunité d’acquérir des segments originaux entiers parmi les derniers encore disponibles. L’idée d’organiser une vente caritative s’est imposée naturellement.

De quels segments particuliers s’agit-il ?

Ils sont originaires de l’Hinterlandmauer, soit de la partie qui formait la première enceinte du Mur côté Est, sur une longueur totale de 68 km. Ils ont été démantelés par les forces armées de l’ex-République démocratique allemande (RDA) durant les travaux de démolition qui ont suivi la chute du Mur et ont ensuite été acquis et réutilisés par une entreprise de travaux publics située en périphérie berlinoise. D’une hauteur de 3,8 m et d’une largeur de 1,2 m pour un poids d’environ 4t chacun, ils sont porteurs de graffitis sur les deux faces, ajoutés par des anonymes à différentes époques.

Brafa 2020 Berlin Wall

Comment seront-ils présentés à la Brafa? Et comment se déroulera leur vente ?

Ces segments sont très imposants, non seulement par leur taille, mais aussi par leur présence, par leur solennité. Nous les exposerons à l’extérieur dans l’entrée principale, et aucun visiteur ne pourra les manquer ! Nous prévoyons une formule de vente aux enchères qui durera tout au long de la manifestation. Symboliquement, S. E. Martin Kotthaus, Ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne auprès du Royaume de Belgique, ouvrira les enchères lors du dîner de gala inaugural et celles-ci se clôtureront le dernier dimanche de la foire. Nous aménagerons un desk d’information dans la foire où les visiteurs pourront se renseigner sur le niveau des offres et proposer leur prix. Il sera possible de suivre l’évolution des enchères en direct à la foire mais aussi via notre website. Les acquéreurs intéressés devront néanmoins se présenter en personne à la foire afin de soumettre leur offre.

Harold t’Kint de Roodenbeke

Le prix de départ a été fixé à 15.000 € pour chacun des segments et nous espérons que les candidats acquéreurs se montreront généreux puisque l’intégralité des sommes récoltées bénéficiera directement et en totalité à cinq bénéficiaires que nous avons sélectionnés, parmi trois domaines d’intervention qui nous tiennent à cœur, et qui nous l’espérons, toucheront aussi le public. Tout d’abord, dans le domaine de la recherche contre le cancer, l’opération Télévie portée par RTL-TVI et l’asbl Komop tegen Kanker. Ensuite, dans le domaine de l’intégration des personnes handicapées, l’asbl Hart voor Handicap et l’opération caritative CAP48 de la RTBF. Enfin, dans le domaine de la préservation du patrimoine artistique, le Musée Art & Histoire (Cinquantenaire) pour deux projets spécifiques. Chaque segment s’est vu attribuer un bénéficiaire particulier à qui les acquéreurs verseront directement leurs dons.

Harold t’Kint de Roodenbeke

Il s’agit assurément d’une initiative pour le moins originale, voire inattendue de la part d’une foire d’art à la finalité somme toute commerciale ? D’autant plus avec ces éléments qui sont eux-mêmes des témoins d’une histoire tragique …

Nous sommes très conscients de la portée symbolique et émotionnelle des segments du Mur de Berlin que nous avons acquis. Nous gardons leur symbolique constamment à l’esprit afin d’éviter que notre démarche ne soit mal perçue. J’aime l’idée de faire profiter des œuvres caritatives de ces symboles d’oppression et de souffrances, et nous sommes sûrs que les acquéreurs auront le même état d’esprit. Je pense d’ailleurs qu’il n’est pas imaginable d’acquérir de telles pièces sans être sensible à ce qu’elles représentent. C’est aussi pour la Brafa l’occasion de marquer sa différence par rapport à la plupart des autres foires, car elle repose sur une association sans but lucratif, dont la raison d’être, au-delà de l’aspect commercial de la manifestation, est aussi de promouvoir le métier de marchand d’art, trop souvent méconnu ou incompris, qui allie passion, érudition, savoir-faire et j’ose le dire, un peu de folie…

 Harold t’Kint de Roodenbeke

Identité de la Brafa

C’est aussi ce qui fait l’identité de la Brafa, selon vous ?

Absolument, et je suis très attaché à ce que notre événement demeure ouvert, ne soit pas coupé des réalités de notre époque, ne fonctionne pas dans une bulle comme le marché de l’art peut parfois en donner l’image. La Brafa doit être une fête, un moment privilégié, à la fois pour ses exposants et pour son public. J’ai la conviction que chaque visiteur doit pouvoir en repartir avec un petit supplément d’âme, qu’il ait acquis une œuvre ou non. Cette idée de partage et d’échange trouve un écho très concret cette année avec notre initiative Mur de Berlin, et il était important pour nous de renouer avec l’état d’esprit des fondateurs de notre manifestation à l’occasion de sa 65ème édition.

Chaque édition est marquée par des expositions ou des initiatives originales, en avez-vous notées cette année ?

J’en pointerai une que je trouve particulièrement ludique. La Fondation Roi Baudouin présentera une partie de la collection Raymond Legrand, rassemblant des modèles réduits de locomotives, voitures et wagons du début du XXe siècle. Un de ces trains miniatures circulera à travers leur stand tandis qu’un autre évoluera dans la salle de conférences et dans le restaurant, au-dessus de la tête des visiteurs …

Harold t’Kint de Roodenbeke

Enfin, la programmation des conférences quotidiennes Brafa Art Talks s’avère à nouveau particulièrement riche …

En effet et leur succès est une vraie fierté. Elles ont vraiment trouvé leur public et comme toujours nous essayons d’apporter des sujets riches et variés à nos visiteurs, avec un vrai contenu. Je citerais parmi d’autres des conférences sur Keith Haring, Raphaël, Van Eyck, une conversation avec le grand dramaturge américain Robert Wilson, ou encore une passionnante plongée dans l’univers des cadres… Un programme aussi éclectique que la Brafa !

BRAFA – Brussels Art Fair – 26/01 → 02/02/2020

Tour & Taxis, Avenue du Port 88 – 1000 Bruxelles

www.brafa.art

Propos recueillis par Bruno Nélis

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