Le Tiny House en Belgique: “Mode” ou réponse à une nouvelle crise

Le Tiny House en Belgique: “Mode” ou réponse à une nouvelle crise

BRABANT WALLON – Une nouvelle tendance pour l’habitat léger, alternatif et communautaire commence à faire le buzz en Belgique. Aujourd’hui les “Tiny Houses” semblent être bien arrivées sur notre territoire. Mais qu’est-ce qu’une tiny house ? Que dit la législation belge sur ce type d’habitat ? Est-ce vraiment une alternative viable à long terme ? Nous découvrirons les origines de cette nouvelle tendance, les défis juridiques et sociaux de ce type d’habitat, mais aussi leur utilité, pragmatisme et pourquoi de plus en plus de personnes choisissent de se lancer dans cette aventure. Nous allons vous présenter le projet d’un jeune brabançon, qui a construit sa propre tiny house et son projet d’avenir. L’occasion d’évoquer les problèmes inhérents à ce type d’habitat.

Qu’est-ce qu’une tiny-house ? 

Littéralement, tiny houses signifie «  maisons minuscules ». Ce sont des petites maisons de 10 à 40m2 environ, mobiles à ossature bois et esthétiques comme de jolies maisons américaines de taille standard. Ces maisons de toute petite taille ont également la particularité d’être à mi-chemin entre la roulotte et la caravane. Leur coût de revient est imbattable, qu’elles soient clefs en main ou en auto-construction. Les frais d’éventuels entretiens comme la toiture sont extrêmement réduits. De plus, les tiny-houses sont très performantes d’un point de vue énergétique. Micro surface à chauffer, elles sont généralement autonome en énergie.

  • Tiny House Brabant Wallon
  • Tiny House en Wallonie
  • Exemples des Tiny Houses

À qui s’adressent les tiny-houses ?

À l’origine, les tiny houses sont apparues aux Etats-Unis en 1929 à l’occasion d’une des plus graves crises financières que l’histoire n’ait jamais connue. Aujourd’hui encore, des personnes optent pour des tiny houses par nécessité. Ces petites maisons sont revenues « à la mode » en 2008 à l’occasion d’une nouvelle crise. 

Aujourd’hui pourtant, les tiny houses ne sont plus uniquement réservées aux personnes en souffrance financière. On retrouve donc des profils de personnes tout à fait variés se tournant vers ce type d’habitat : des citadins qui désirent une vie moins stressante, des artistes avec besoin de retrait et indépendance, des étudiants ayant besoin d’un nid pour étudier ou encore des retraités qui réalisent qu’ils sont toujours plus heureux en vacances dans leur caravane.

Entretien avec Nicolas Delens

Ernesst - Tiny House
Ernesst – Tiny House Project

Deux étudiants originaires de la zone de la Mazerine qui décident de construire eux-mêmes leur tiny house pour vivre en kot toute l’année. L’un d’entre eux a accepté de nous raconter son expérience.

La Mazerine Magazine (LM) : Comment vous est venue l’idée de fabriquer et vivre dans une tiny house

Nicolas Delens (ND) : « Avec Sam Henry on se retrouvait face à un problème commun : où allions-nous loger pendant nos études ? On devait se trouver un kot à Libramont et franchement pour le prix des logements locatifs, l’offre n’était pas terrible, voire chère pour les conditions. Les propriétaires s’en fichent des étudiants ! On fait un Bachelier en Construction et Technologie du bois, alors on s’est dit qu’on allait construire notre propre logement pour appliquer ce qu’on voyait dans nos cours ! Un réel besoin en logement et une restriction économique, c’est de là qu’est née l’idée de construire la tiny house. De plus, on en sortirait avec le bénéfice de l’expérience de l’avoir construite nous-mêmes. Et en a découlé notre projet « Ernesst » pour Epicurean Reunited (for) Ecology Sustainable Solutions Technics que vous pouvez suivre sur Instagram @ernesst_th

LM : Mais alors comment fait-on pour construire une tiny house, et avec quel budget ? 

Ernesst - Tiny House Project

ND : On n’avait pas beaucoup de budget… Mais on avait énormément de motivation ! Alors on a demandé autour de nous un atelier à prêter, on l’a trouvé. Puis on essayé de trouver du bois de récupération. On l’a trouvé. C’était parti pour une petite maison en bois de 17m2 au sol bâtie sur un châssis de remorque ! On l’a appelée Célestine. 

LM : Et ensuite, comment fait-on pour s’installer quelque part avec une tiny house ?

Ernesst - Tiny House Project
Ernesst – Tiny House Project

ND : Pour élire domicile quelque part pas trop loin de l’école, on a prospecté et on a trouvé un arrangement avec une ferme. On vit aujourd’hui au milieu d’un verger.

LM : Est-ce que vous devez aller dehors pour faire vos besoins ?

ND : Non, nos toilettes se trouvent à l’intérieur de la tiny house ! C’est une toilette sèche. On récupère de la sciure de bois dans les ateliers de menuiserie de l’école ! 

LM : Combien de temps, combien d’argent vous a pris la construction de la tiny house

ND : La construction de la tiny house nous a demandé beaucoup de temps et beaucoup de travail. Tout n’est pas arrivé d’un coup d’un seul. En cinq semaines, Célestine est sortie isolée de l’atelier, étanche à l’eau, câbles électriques incrustés dans les murs et châssis placés. Beaucoup de petits chantiers ont été ouverts en attendant qu’on récolte les fonds nécessaires pour avancer : cuisine, électricité et lumières, chauffage, bardage, système de récupération d’eau de pluie, production d’eau chaude, réalisation de la salle de bain (système et finition étanche) ainsi que le raccordement au boiler (douche, lavabo, évier). Le chauffage et le système d’eau ont été les dernières étapes.

Ernesst - Tiny House Project
Ernesst – Tiny House Project

Les châssis et lambris avaient été récupérés dans une menuiserie et les plans de la tiny avaient été dessinés en fonction d’eux. L’isolant est en laine de bois dans les murs et au plafond. Célestine ne consomme que ce que la nature lui offre grâce à un kit de panneau solaire et de batterie. Mais aussi grâce à son système de récupération d’eau de pluie. On a calculé que la tiny house serait rentabilisée à partir de la troisième année d’études. Il y a des choses qu’on a été obligé d’acheter et le tout revient environ à 17 000 euros, sans la main d’oeuvre bien sûr puisque c’est nous ! On s’est mis à vendre des t-shirts en coton bio et équitables brodés en Belgique pour financer nos travaux. On peut nous encourager sur la page Facebook ERNESST

LM : Finalement que retires-tu de ton expérience de vie en tiny house en Belgique ? Selon toi est-ce accessible à tous ? 

ND : Ce concept comprend certaines particularités et offre des avantages que nous avons découvert au fur et à mesure de l’année comme le bénéfice de vivre au contact de la nature, de profiter plus du plein air. C’est très agréable. Sinon si on veut vivre en tiny house en Belgique, il faut tout de même être propriétaire de son terrain. Et du côté des communes, on ne peut pas s’installer n’importe où n’importe comment. Donc tant que les communes ne bougeront pas par rapport à ça, ce n’est pas évident de se lancer dans l’habitat léger mais pas impossible.

Problèmes de fonciers, de sécurité, d’urbanisme : où en est-on avec les tiny houses en Belgique ? 

Tiny House en Belgique
Tiny House en Belgique

Il y a de l’avancement à ce sujet. Pour encadrer l’émergence de ce nouveau type d’habitation, un décret modifiant le Code wallon du logement est entré en vigueur le 1er septembre 2019. Il reconnait juridiquement l’habitat léger par le Parlement wallon. Pour des raisons évidentes, le décret prévoit : la fixation de critères de salubrité et de surpeuplement adaptés aux réalités des habitations légères; en cas de location, une application généralisée du permis de location à l’ensemble de ce type d’habitation. Ce que l’on sait d’autre pour l’instant est que cet encadrement doit être concrétisé au sein d’arrêtés d’exécution spécifiques et sont toujours en cours de discussions. En l’attente, ce type d’habitation n’a pas d’implication directe sur la règlementation urbanistique. 

Bref, vous vous sentez de passer le cap en 2020 mais vous vous posez une tonne de questions ? Vous ne savez pas quel sera le véritable coût d’un habitat léger ? Faut-il forcément être propriétaire du terrain si on veut une tiny house mobile, immobile ? Faut-il passer son permis remorque et donc posséder un véhicule capable de tracter plusieurs tonnes ?! Et d’ailleurs, jusqu’à quel poids de chargement peut-on aller avec sa tiny house ? Vous pouvez vous renseigner auprès de “HaLé !” Habitat Léger Belgique, « Habitat hors-normes », RDBL (Rassemblement brabançon pour le droit à l’habitat) ou encore la page Collectif Tiny House Belgique.

L’habitat léger au défi du droit en 2020

On l’aura bien compris, les tiny houses et autres habitats légers, ne sont pas des phénomènes nouveaux. On en parle certainement de manière plus décomplexée dans un contexte constant de crise écologique, migratoire, économique et crise du logement en général. Mais est-ce réellement une solution ou une utopie ? Un nomadisme traditionnels pour certains, une manière “marginale” banalisée de survie contemporaine pour d’autres ? Un nouvel art de vivre ? Juste une parenthèse en fonction des revenus du moment ? D’ailleurs, combien d’années peut-on vraiment tenir dans une tiny house ? Est-ce que ce choix implique qu’on renonce à recevoir à jamais ?

Tiny House en Bois

La réponse à tout ça ? C’est au cas par cas. Une question de moyens financiers mais de santé-physique aussi. Une histoire de personnalité, de motivations, d’envies, de liberté et de choix individuels ou collectifs. La nouvelle génération n’attend pas et avance en ce sens.

Ces nouveaux habitats ouvrent donc un débat intéressant sur la place que les communes laisseront aux citoyens qui auront décidé de changer de mode de vie, qu’importe leurs motivations, qu’elles soient écologiques, économiques ou culturelles. 

Tiny House en France

Un grand merci à Nicolas DELENS étudiant-entrepreneur, à Coraline LANGER étudiante travaillant sur le thème de l’Habitat léger et à Thierry DE BIE d’Habitat & Participation asbl.

Pour aller plus loin :

L’Habitat et Participation asbl organise des conférences et des colloques toute l’année. L’un des prochains aura lieu vendredi 31 janvier 2020 : Colloque L’habitat Léger au défi du droit en 2020.

Lecture : Habiter léger, une alternative sociale, écologique et culturel ? Maud Bailly

Article par C. CLARISSE