La femme : d’un objet passif à un sujet agissant du mouvement surréaliste

La femme : d’un objet passif à un sujet agissant du mouvement surréaliste

MONDE DE L’ART L’omniprésence du corps féminin dans l’art surréaliste a confronté les femmes artistes à la tâche de grandir, avec leurs propres façons de voir et de penser, d’un objet passif à un sujet agissant.

La contribution des femmes artistes au mouvement surréaliste est peut-être bien connue, mais seule une poignée d’entre elles ont reçu la reconnaissance qu’elles méritent. Une nouvelle exposition savante à Francfort a réuni des œuvres de 34 artistes importantes, dont plusieurs ont longtemps été négligées et exclues du canon historique de l’art dominé alors par les hommes.

Leonora Carrington, Self Portrait (1936-1938). Metropolitan Museum of Arts, New York, © VG Bild-Kunst, Bonn 2019
Leonora Carrington, Self Portrait (1936-1938). Metropolitan Museum of Arts, New York, © VG Bild-Kunst, Bonn 2019

La quantité et la diversité de leur travail montre à quel point la perspective féminine était au cœur du mouvement surréaliste depuis sa naissance au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’exposition «Fantastic Women. Surreal Worlds from Meret Oppenheim to Frida Kahlo» à la Schirn Kunsthalle Frankfurt en Allemagne comporte 260 stupéfiantes peintures mais aussi des œuvres sur papier, sculptures, photographies et films, certains rarement vus auparavant.

Dorothea Tanning, Voltage (1942). Collection Ulla und Heiner Pietzsch, Berlin. © The Estate of Dorothea Tanning/VG Bild-Kunst, Bonn 2020. Photo: Jochen Littkemann, Berlin
Dorothea Tanning, Voltage (1942). Collection Ulla und Heiner Pietzsch, Berlin. © The Estate of Dorothea Tanning/VG Bild-Kunst, Bonn 2020. Photo: Jochen Littkemann, Berlin

Les femmes du mouvement surréaliste

Sont exposées des œuvres d’artistes moins connues, tels que Toyen, Bridget Tichnor, Alice Rahon, Kay Sage et Ithell Colquhoun, aux côtés de leurs contemporaines les plus célèbres comme Frida Kahlo, Meret Oppenheim, Lee Miller, Claude Cahun, Leonora Carrington, Dora Maar et Dorothea Tanning. Les temps forts incluent une projection de The Seashell and the Clergyman de la cinéaste française pionnière Germaine Dulac’s. Réalisée en 1927, elle est considérée comme la première œuvre surréaliste de l’histoire du cinéma.

“À ce jour, les noms et les œuvres d’un grand nombre de femmes artistes importantes dans le monde manquent dans de nombreux guides de référence et expositions d’enquêtes sur le surréalisme“, écrit la commissaire de l’exposition, Ingrid Pfeiffer, dans la publication qui accompagne le spectacle.

Leonor Fini, Chtonian Deity Watching over the Sleep of a Young Man (1946). © Weinstein Gallery, San Francisco and Francis Naumann Gallery, New York / VG Bild-Kunst, Bonn 2020
Leonor Fini, Chtonian Deity Watching over the Sleep of a Young Man (1946). © Weinstein Gallery, San Francisco and Francis Naumann Gallery, New York / VG Bild-Kunst, Bonn 2020

C’est à l’artiste, en particulier, de privilégier autant que possible le système féminin en opposition au système masculinAndré Breton

De nombreux artistes sont liés par leur association avec le cofondateur surréaliste André Breton, ou par leur participation ou contribution à des expositions de groupes clés et à des publications. L’exposition explore également le réseau d’amitiés de ces femmes pionnières qui s’étend de l’Europe aux États-Unis et au Mexique.

En 1944, Breton, le grand prêtre du surréalisme écrivait: «Il est grand temps que les idées des femmes l’emportent sur celles des hommes, dont la faillite est suffisamment claire dans le tumulte d’aujourd’hui. C’est à l’artiste, en particulier, de privilégier autant que possible le système féminin en opposition au système masculin, de puiser exclusivement dans les facultés féminines. » L’exposition note qu’il a été soutenu, notamment financièrement, par plusieurs femmes clés du mouvement, dont l’artiste française Valentine Hugo.

Meret Oppenheim, Venus primitive 1962 (1933). © Kunstmuseum Solothurn / VG Bild-Kunst, Bonn 2020
Meret Oppenheim, Venus primitive 1962 (1933). © Kunstmuseum Solothurn / VG Bild-Kunst, Bonn 2020

Le spectacle retrace de nombreux thèmes surréalistes importants, tels que le “cadavre exquis”, des œuvres collaboratives, des écrits automatiques et des représentations de créatures mythiques et des paysages du subconscient. “Dans l’ensemble, le mouvement [surréaliste] apparaît à bien des égards comme résolument “féminin”, car il rejette traditionnellement les structures masculines, patriarcales et impérialistes“, note Pfeiffer. Les surréalistes féminines ont dû faire face à leur part d’attitudes sexistes mais elles ont connu beaucoup de liberté pour l’époque et elles n’ont plus été considérées comme de simples muses.

Autoportraits, un genre que les femmes surréalistes ont privilégié

Parmi les points forts de l’exposition, il y a une mine d’autoportraits, un genre que les femmes surréalistes ont privilégié; il était beaucoup moins utilisé par leurs homologues masculins. Pfeiffer spécule pourquoi c’était le cas, écrivant: “l’un d’eux avait été décrit auparavant par leurs collègues masculins comme un “objet” ou une projection masculine. “

Claude Cahun, Self-portrait (I am in Training… Don’t Kiss Me), (ca. 1927). Private Collection. © Claude Cahun
Claude Cahun, Self-portrait (I am in Training… Don’t Kiss Me), (ca. 1927). Private Collection. © Claude Cahun

Elle cite Meret Oppenheim nue debout aux côtés d’une presse à imprimer dans la célèbre série de Man Ray, ou Unica Zürn représentée comme une poupée ligotée dans une œuvre de Hans Bellmer. Les femmes, selon Pfeiffer, étaient “dans de nombreux cas, anonymisées comme “la femme“, un être mystérieux et désiré.

L’exposition comprend le travail de la surréaliste Louise Bourgeois. À la fin des années 1960, de nombreuses femmes pionnières du mouvement surréaliste vivaient dans une relative obscurité, leur art surréaliste n’a été progressivement redécouvert que peu de temps avant leur mort, ou à titre posthume. «Fantastic Women», qui voyage après sa course à Francfort au Louisiana Museum of Modern Art au Danemark, révèle comment le mouvement artistique a été façonné par beaucoup plus de femmes artistes que les historiens ne l’ont reconnu jusqu’à présent. C’étaient des femmes extraordinaires dont l’approche souvent ludique et sûre d’elle de leur image corporelle et de leur sexualité féminine était en avance sur son temps.

Louise Bourgeois, Torso Self-Portrait (1963-64). Collection the Easton Foundation © The Easton Foundation / VG Bild-Kunst, Bonn 2020, Photo: Christopher Burke.
Louise Bourgeois, Torso Self-Portrait (1963-64). Collection the Easton Foundation © The Easton Foundation / VG Bild-Kunst, Bonn 2020, Photo: Christopher Burke.
Bridget Tichenor, The Surrealists/The Specialists, (1956). Private Collection Mexico, © Bridget Tichenor.
Bridget Tichenor, The Surrealists/The Specialists, (1956). Private Collection Mexico, © Bridget Tichenor.
Kay Sage, At the Appointed Time (1942). Newark Museum of Art, Bequest of Kay Sage Tanguy, 1964 © Estate of Kay Sage/VG Bild-Kunst, Bonn 2020
Kay Sage, At the Appointed Time (1942). Newark Museum of Art, Bequest of Kay Sage Tanguy, 1964 © Estate of Kay Sage/VG Bild-Kunst, Bonn 2020
Installation view from “Fantastic Women. Surreal Worlds from Meret Oppenheim to Frida Kahlo.” © Schirn Kunsthalle Frankfurt, 2020, Photo: Norbert Miguletz.
Installation view from “Fantastic Women. Surreal Worlds from Meret Oppenheim to Frida Kahlo.” © Schirn Kunsthalle Frankfurt, 2020, Photo: Norbert Miguletz.
Femmes artistes de l'art surréaliste
Installation view from “Fantastic Women. Surreal Worlds from Meret Oppenheim to Frida Kahlo.” © Schirn Kunsthalle Frankfurt, 2020, Photo: Norbert Miguletz.

“Fantastic Women. Surreal Worlds from Meret Oppenheim to Frida Kahlo” à Kunsthalle Schirn en Frankfurt, jusqu’à May 24, 2020.

Lire plus sur : Mouvement surréaliste

Traduction : Léo Juvier-Hendrickx

Source : Kate Brown – Artnet

BOZAR - Concert de Gala
Concert de Gala