HYPERREALISM SCULPTURE : Ceci n’est pas un corps

HYPERREALISM SCULPTURE : Ceci n’est pas un corps

LIÈGE – Depuis le 22 novembre 2019, Le Musée de La Boverie à Liège nous donne l’opportunité unique de voir l’exposition HYPERREALISM SCULPTURE : ceci n’est pas un corps. Le parallèle entre surréalisme et hyperréalisme s’impose. Cette exposition sur la sculpture figurative hyper-réaliste interroge le réalisme sculptural dans ses manifestations extrêmes au cours d’une période de temps comprise entre les années 1960 et les années 2010. Avec le corps au coeur du propos, la sélection d’oeuvres offre pour la première fois un aperçu condensé du mouvement hyperréaliste contemporain.

La sculpture hyperréaliste interroge de manière spécifique la place de l’être humain et sa condition dans la société. À l’heure du #bodypositive, du mouvement #Iweight fondé par Jameela Jamil et même encore plus loin du #bodyneutrality (apprécier ce que notre corps est capable de faire plutôt que son apparence) ; la sculpture hyperréaliste remet en question plus que jamais l’idée de “norme”.

Hyperréalisme et représentation du corps

La représentation du corps humain a toujours été un sujet de prédilection pour les artistes et ce peu importe leurs origines culturelles ou religieuses.

La Renaissance se réappropriant la tradition gréco-romaine utilisait déjà la cire pour produire des sculptures hyperréalistes.

La sculpture “baroque espagnol” (Pedro De Mena) quant à elle représentait la douleur et la souffrance à travers des corps hyperréalistes en bois polychromé qui donnait l’effet “chair”.

La sculpture hyperréaliste ne date donc pas d’hier et pourtant, on a l’impression qu’elle dérange encore.

Origine de la sculpture Hyperréaliste contemporaine

Duane Hanson, Cowboy with hay, 1984/1989
©Estate of Duane Hanson / VG Bild-Kunst, Bonn 2019

Dans les années 1960 aux États-Unis, les photo-réalistes réagissaient à la société américaine de l’époque. La sculpture hyperréaliste voit le jour dans ces mêmes années. Le mouvement est apparu en premier chez des artistes tels que Duane Hanson, John DeAndrea et George Segal qui se tournent vers une représentation hyper réaliste du corps en utilisant des techniques bien particulières telles que le modelage, le moulage et l’application polychrome de peintures à la surface de leurs sculptures.

Magritte, l’auteur de La trahison des images, avait quant à lui influencé de manière profonde la scène américaine. Le parallélisme entre surréalisme et hyperréalisme tient surtout dans la notion de ressemblance. Comme l’écrivait Magritte, “l’acte de ressembler n’appartient qu’à la pensée». (R. Magritte, La ressemblance [1959], Flammarion, 1976, p.494.)

Il s’agit ici de faire de la représentation l’expression d’une ressemblance. Et c’est justement cette ressemblance qui nous dérange. Nous nous sentons tellement identiques, proches du sujet proposé que les sentiments de rejet, de dégoût ou d’empathie nous emparent et frisent ainsi l’esthétique “trash”.

Quelques sculpteurs hyperréalistes exposés

L’exposition rassemble 30 artistes hyperréalites majeurs. Parmi les plus proches de nous, on peut citer Carole Feuerman célèbre entre autre pour sa baigneuse, Survival of Serena, qu’on peut rencontrer en se promenant dans les rues de New-York.

Carole Feuerman, Survival of Serena – ©carolefeuerman.com/

Maurizio Cattelan, connu pour ses oeuvres provocantes comme la sculpture d’Hitler à genoux, mais aussi salutaires comme celle du Pape écrasé sous une météorite. Selon l’artiste, la météorite représente les péchés du monde que Jean-Paul II portait comme “un fardeau sur ses épaules, pour toute l’humanité”. Il fait référence à la mort du Christ, à “la neuvième heure”, selon Saint Marc.

Erwin Wurm

Erwin Wurm qui ne joue pas qu’avec les corps mais aussi avec les dimensions d’objets et les volumes architecturaux dans ses sculptures.

Patricia Piccinini, artiste australienne qui travaille depuis les années 90 sur le thème des sciences, procréations médicalement assistées et des biotechnologies.

Ron Mueck, artiste australien également, a durablement renouvelé le langage de la sculpture contemporaine en utilisant l’effet de la modification de l’échelle de représentation. Il vise à révéler des aspects émotionnels de la conscience de soi. Son travail a influencé de nombreux artistes comme Sam Jinks ou Zharko Basheski.


Patricia Piccinini, Newborn, 2010 – ©Patricia Piccinini

On les voit, on les sent. Respirer est la seule chose qui manque à ces sculptures. À l’heure du virtuel, de l’image omniprésente du corps dans les médias et où l’humanité a fait l’expérience de la manipulation génétique, quelque chose bloque toujours. La vue d’une réalité difforme ou augmentée dérange et n’a pas fini de nous poser des questions.

HYPERREALISM SCULPTURE ceci n’est pas un corps à découvrir jusqu’au 3 mai 2020.

Article par C. CLARISSE

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